| Brief : Une carte liée à un crédit à intérêts est interdite, même si vous comptez tout rembourser à temps (Académie islamique internationale du fiqh, résolution 108, 2000).Une carte sans clause d'intérêt est permise, et la banque a le droit de facturer une cotisation. En France, les cartes à débit immédiat et à débit différé ne comportent aucun intérêt, même quand la banque imprime le mot « crédit » dessus.Le riba arrive par trois portes, le découvert (agios), le crédit renouvelable et les pénalités de retard. N'achetez ni or ni devises avec une carte à débit différé. |
Tout dépend de ce qui se trouve derrière la carte. Si elle vous engage à payer des intérêts, elle est interdite. Si elle vous fait seulement payer des frais fixes pour un service, vous pouvez l'utiliser.
Pourquoi le riba rend-il certaines cartes interdites ?
Allah a rendu licite le commerce et illicite le riba (sourate Al-Baqara, 2, verset 275), et Il déclare la guerre à ceux qui ne renoncent pas à ce qui leur reste dû en intérêts (versets 278 et 279). Jâbir rapporte que le Prophète ﷺ a maudit celui qui mange le riba, celui qui le verse, celui qui le rédige et ses deux témoins, en disant qu'ils sont tous égaux (Mouslim, 1598).
Le titulaire d'une carte de crédit à intérêts se trouve dans la position de celui qui verse le riba. Les savants appliquent ici une règle admise par tous, selon laquelle tout prêt qui rapporte un avantage conditionné au prêteur est du riba. Cette phrase circule parfois comme un hadith, mais sa chaîne est faible ; les savants la retiennent comme principe.
Le problème ne vient donc pas du plastique ni du paiement différé. Il vient de la clause qui vous fait payer plus que ce que vous avez emprunté.
Quelles cartes bancaires un musulman peut-il utiliser en France ?
En France, la plupart des cartes que les banques appellent « cartes de paiement » ne sont pas des cartes de crédit au sens islamique. Depuis 2016, une réglementation européenne impose d'indiquer sur la carte si elle est « débit », « crédit » ou « prépayée ». Les cartes à débit différé portent la mention « crédit », alors qu'elles ne coûtent aucun intérêt.
| Type de carte | Fonctionnement | Intérêts | Avis |
| Débit immédiat | La banque prélève chaque paiement sur votre compte en un à deux jours. | Aucun | Permise |
| Débit différé | La banque cumule vos paiements et les prélève une fois par mois. | Aucun | Permise, si votre compte couvre le prélèvement |
| Prépayée ou sans découvert | Vous ne dépensez que l'argent chargé ou présent sur le compte. | Aucun | Permise, c'est la plus sûre |
| Carte de magasin ou « option crédit » | Les achats à crédit puisent dans une réserve de crédit renouvelable. | Oui, sur la partie à crédit | Interdite |
La loi Lagarde de 2010 impose que les cartes mixtes, qui permettent de payer au comptant ou à crédit, paient au comptant par défaut. Le client doit donner son accord à chaque achat pour passer en crédit. Le contrat de crédit renouvelable reste pourtant signé derrière la carte, avec ses taux d'intérêt. La résolution 108 interdit justement de détenir une carte assortie d'une clause d'intérêt, même si vous ne comptez pas l'utiliser. Résiliez donc le crédit renouvelable et gardez une carte de paiement simple.
La carte à débit différé fonctionne comme un prêt sans intérêt de quelques semaines, contre une cotisation annuelle plus élevée. L'Académie du fiqh autorise la banque à facturer cette cotisation (résolution 108, point 2). Le seul piège vient du découvert. Si votre compte passe dans le rouge le jour du prélèvement, la banque vous facture des agios, et ces agios sont du riba.
Que disent les savants de la carte de crédit à intérêts ?
Deux positions existent, et la première est celle de la grande majorité des instances de fatwa.
L'interdiction, même si vous remboursez à temps
L'Académie islamique internationale du fiqh, réunie à Riyad en septembre 2000, interdit d'émettre ou d'utiliser une carte de crédit qui prévoit des intérêts, même si le titulaire a l'intention de rembourser pendant la période gratuite (résolution 108). En signant, vous acceptez la clause d'intérêt, et un retard, une maladie ou une erreur de prélèvement suffit à la déclencher. L'Académie autorise en revanche les cartes sans clause d'intérêt.
La tolérance en cas de besoin réel
Le cheikh Muhammad ibn Sâlih al-'Uthaymîn a toléré une carte de crédit à intérêts pour une personne qui en avait réellement besoin, dans le cas précis d'une location de voiture qui exigeait une carte. Il pose deux conditions, être sûr de rembourser dans les délais et ne jamais laisser courir d'intérêts (IslamQA, question 3402). Il s'appuie sur le fait que la clause d'intérêt n'annule pas tout le contrat, et que le besoin est certain alors que le retard reste hypothétique.
Avant de vous appuyer sur cet avis, vérifiez que vous avez vraiment besoin d'une carte de crédit. En France, une carte à débit différé porte la mention « crédit » et suffit souvent pour une location de voiture ou un hôtel. Posez la question à l'agence avant de souscrire quoi que ce soit.
Les frais, pénalités de retard et cashback sont-ils du riba ?
- La cotisation annuelle ne pose pas de problème. Elle rémunère un service, et la résolution 108 l'autorise.
- La commission que le commerçant verse à chaque paiement est permise, à condition que le commerçant vende au même prix par carte et en espèces (résolution 108, point 2).
- Les frais de retrait ne sont pas du riba selon l'Académie, tant qu'ils rémunèrent le service. Plusieurs savants ajoutent qu'ils doivent correspondre au coût réel et ne pas grossir avec le montant ou la durée.
- Les agios, les intérêts débiteurs et les intérêts de retard sont du riba, quel que soit leur nom sur votre relevé.
- Le cashback et les points de fidélité passent pour une remise commerciale aux yeux de nombreux savants, à condition qu'ils ne récompensent pas l'utilisation d'un crédit à intérêts.
Peut-on acheter de l'or ou des devises avec sa carte ?
L'or, l'argent et les monnaies s'échangent « de la main à la main », selon le hadith de 'Ubâda ibn as-Sâmit (Mouslim, 1587). Un paiement par carte à débit différé repousse le règlement de plusieurs semaines. L'Académie du fiqh interdit donc d'acheter de l'or, de l'argent ou des devises avec une carte de crédit non couverte (résolution 108, point 4).
Pour un bijou en or ou un bureau de change, payez en espèces ou avec une carte à débit immédiat.
Le paiement en 3 ou 4 fois obéit-il à la même règle ?
Oui, la même logique s'applique. Un paiement fractionné avec frais proportionnels au montant ou à la durée revient à un crédit à intérêts. Un paiement fractionné sans frais reste un prêt sans intérêt, donc permis.
Lisez quand même les conditions. Beaucoup d'offres « sans frais » prévoient des frais ou des intérêts en cas de retard. L'Académie du fiqh, dans sa résolution sur la vente à tempérament (Djeddah, 1990), interdit d'imposer au débiteur en retard une somme en plus de sa dette, parce que ce supplément est du riba. Ne choisissez ce mode de paiement que si vous êtes certain de payer chaque échéance à temps.
Comment utiliser sa carte sans tomber dans le riba ?
- Demandez une carte à débit immédiat ou à autorisation systématique.
- Refusez l'autorisation de découvert, ou demandez à votre banque de la ramener à zéro.
- Résiliez les crédits renouvelables liés aux cartes de magasin, même si vous ne vous en servez jamais.
- Avec une carte à débit différé, gardez sur le compte la somme du mois avant la date de prélèvement.
- Ne retirez jamais d'espèces à crédit.
- Réglez l'or et les devises en espèces ou par débit immédiat.
- Pour un paiement fractionné, choisissez une offre sans frais et programmez les échéances.
Existe-t-il des cartes de crédit islamiques ?
Oui, en Malaisie, dans les pays du Golfe et au Royaume-Uni, des banques islamiques proposent des cartes qui remplacent l'intérêt par un autre montage. La carte à frais fixes (ujra) facture un forfait mensuel qui ne dépend pas du montant dû. D'autres cartes reposent sur la mourâbaha (la banque achète puis revend avec une marge connue) ou sur le tawarruq.
Méfiez-vous du tawarruq que la banque organise elle-même. L'Académie du fiqh l'a jugé interdit en 2009 (résolution 179), parce qu'il revient à un prêt à intérêt déguisé. Aucune grande banque française ne propose aujourd'hui de carte de crédit conforme à la charia. Au quotidien, une carte à débit immédiat ou différé sans découvert remplit la même fonction.
Questions fréquentes
Ma carte Visa ou Mastercard porte la mention « crédit », est-elle haram ?
Pas forcément. En France, cette mention figure sur les cartes à débit différé, qui ne coûtent aucun intérêt. Vérifiez que votre contrat ne comporte aucun crédit renouvelable et que votre découvert autorisé est à zéro.
Un commerçant musulman peut-il accepter les paiements par carte de crédit ?
Oui. Islamweb précise que l'interdiction concerne le titulaire de la carte, pas le vendeur qui reçoit le paiement (fatwa n° 399334).
J'ai déjà un crédit renouvelable, que faire ?
Remboursez le capital le plus vite possible pour arrêter les intérêts, puis résiliez le contrat. Repentez-vous sincèrement et ne souscrivez plus de crédit à intérêts. C'est Allah qui accueille le repentir de Ses serviteurs (sourate Ach-Choûrâ, 42, verset 25).
Les cartes des néobanques sont-elles halal ?
La plupart des néobanques et des comptes sans découvert proposent des cartes à débit immédiat ou à autorisation systématique, sans aucun intérêt. Vérifiez seulement que l'application n'active pas par défaut un paiement fractionné ou une avance sur salaire avec frais, et désactivez ces options si c'est le cas.
Puis-je louer une voiture sans carte de crédit ?
Souvent, oui. De nombreuses agences acceptent une carte à débit différé pour la caution. Si l'agence refuse, demandez si une carte à débit immédiat avec un plafond suffisant convient, ou choisissez une autre agence.
Qu'Allah vous préserve du riba et bénisse vos biens.
